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Epargne des femmes en France : pourquoi l’écart persiste ?

Les femmes épargnent. Souvent avec la même régularité que les hommes, parfois même davantage. Et pourtant, au moment de la retraite, l’écart de patrimoine est net. Ce paradoxe a un nom : l’angle mort de l’épargne française.

Un écart qui se construit bien avant la retraite

La rémunération

Tout commence par l’écart de rémunération. À poste et compétences comparables, les femmes gagnent en moyenne 22,2 % de moins que les hommes en France (INSEE, 2023, tous temps de travail confondus). Ajoutez à cela des carrières plus souvent hachées — congés maternité, temps partiels subis plus que choisis — et c’est la capacité d’épargne elle-même qui se trouve réduite, année après année.

Ce déséquilibre se lit ensuite dans les pensions. L’écart de retraite entre femmes et hommes reste de l’ordre de 40 % en France, avant réversion (DREES). Un écart qui ne se corrige pas avec le temps : il se cumule, décennie après décennie.

Ce qui rend cet écart particulièrement difficile à percevoir au quotidien, c’est justement sa nature cumulative. Un écart de rémunération de 22 % ne se traduit pas seulement par un salaire mensuel plus faible : il se traduit par une capacité d’épargne mensuelle réduite d’autant, mois après mois, sur toute une carrière. Sur vingt ou trente ans, cet écart initial produit un écart de patrimoine final bien supérieur à la somme des écarts annuels pris isolément — un effet d’entraînement que peu d’épargnantes anticipent au moment où elles font leurs premiers choix de placement.

Le choix de l’investissement

Il y a l’écart de revenu. Il y a aussi un écart d’investissement, plus discret mais tout aussi déterminant. Les femmes restent minoritaires parmi les particuliers investis en actions ou en unités de compte : l’AMF estime leur part parmi les investisseurs actifs en Bourse à environ 30 %.

Plusieurs facteurs s’entremêlent. Un rapport au risque financier en moyenne plus prudent. Un accès historiquement plus limité aux conseils patrimoniaux, la gestion du patrimoine du foyer restant encore souvent déléguée au conjoint.

Le résultat est le même dans tous les cas : une épargne davantage cantonnée aux supports sécurisés — livrets, fonds euros — donc structurellement moins rémunérée sur une longue période.

Une équation aggravée par l’espérance de vie

Ironie du sort : les femmes vivent en moyenne 5,7 ans de plus que les hommes en France (INSEE, espérance de vie à la naissance). Elles ont donc besoin d’un patrimoine plus important pour financer une retraite plus longue — au moment précis où elles en accumulent structurellement moins. Cette double contrainte explique pour partie pourquoi le risque de précarité économique aux âges avancés touche davantage les femmes, en particulier les femmes seules et les veuves.

Ce risque n’est pas qu’une abstraction statistique : il se traduit très concrètement par un nombre d’années à financer plus élevé, avec un capital de départ souvent inférieur. Un écart de pension de 40 % conjugué à près de six années supplémentaires à couvrir donne la mesure du défi : ce n’est pas seulement moins d’argent chaque mois, c’est moins d’argent sur une période plus longue.

Comment y remédier ?

Ce constat n’est pas une fatalité. C’est un point de départ pour agir, à condition d’agir tôt.

Commencer plus tôt, même modestement.

Le temps est le premier allié de l’épargnant. Sur un PER ou une assurance vie, un effort d’épargne engagé dix ans plus tôt bénéficie d’une durée de placement plus longue — et donc, potentiellement, d’un effet de capitalisation des intérêts plus marqué, à effort mensuel équivalent. Un avantage qui reste soumis aux aléas des marchés et aux performances réelles des supports choisis, sans garantie de rendement.

Ne pas laisser la prudence devenir un réflexe par défaut.

Accepter une part de risque calibrée à son horizon et à ses objectifs — via les unités de compte d’une assurance vie ou d’un PER — est une option pour chercher à dynamiser son épargne sur le long terme, sans garantie de performance et avec un risque de perte en capital qu’il convient de bien mesurer avant toute décision.

Se saisir du sujet, y compris au sein du couple.

La gestion patrimoniale du foyer gagne à être partagée. Un contrat détenu en propre, une visibilité claire sur l’allocation du patrimoine commun : ce sont des leviers simples pour rééquilibrer la donne, y compris en cas de séparation ou de veuvage.

Utiliser le PER comme outil de rattrapage.

Pour les femmes ayant connu des interruptions de carrière, le Plan d’Épargne Retraite offre un cadre fiscal incitatif pour constituer, à son rythme, un complément de revenu à la retraite — avec la souplesse de versements libres, ajustables selon les périodes de la vie professionnelle. Un versement repris après une interruption, même modeste, permet de renouer avec une trajectoire d’épargne plutôt que de la considérer comme définitivement perdue.

Une question de société, pas seulement de finance personnelle

L’angle mort du patrimoine féminin n’est pas une statistique. C’est un facteur d’inégalité qui se prolonge bien après la vie active, et qui mérite d’être nommé pour être traité. Une partie de la réponse n’incombe d’ailleurs pas qu’aux épargnantes elles-mêmes : les acteurs de l’épargne et de la gestion patrimoniale ont aussi leur rôle à jouer, dans la manière dont l’information est présentée et dont le conseil est rendu accessible — un contrat pensé pour s’adresser autant aux femmes qu’aux hommes, une pédagogie sur le risque qui ne présuppose pas un rapport au placement différent selon le genre

Chez Lucya, nous pensons que l’accompagnement patrimonial a un rôle à jouer ici : donner à chacune les clés pour comprendre où en est son épargne, ce qu’elle permet, et ce qu’elle pourrait permettre de plus.

Parce qu’un patrimoine ne se rattrape pas en un jour. Mais il se construit, précisément, à partir du jour où l’on décide de s’en occuper

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