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Quand les marchés regardent déjà ailleurs 

En janvier 2026, nous écrivions que Donald Trump était devenu l’un des principaux moteurs de volatilité des marchés mondiaux. Chaque annonce sur les droits de douane, l’énergie ou la géopolitique semblait capable de déplacer des centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière en quelques heures. Trump n’était plus seulement un acteur politique : il était devenu un acteur de marché à part entière. 

Quelques mois plus tard, au plus fort des tensions au Moyen-Orient et de l’envolée du pétrole, nous rappelions une autre conviction forte : les marchés ont souvent tendance à sur-réagir aux événements politiques et géopolitiques de court terme. Derrière le bruit médiatique, les fondamentaux finissent généralement par reprendre le dessus. 

Aujourd’hui, à l’été 2026, ce double constat semble se confirmer. 

Le retour progressif des points d’équilibre 

Les marchés ont traversé successivement les tensions commerciales, les incertitudes politiques américaines et le risque d’embrasement au Moyen-Orient. Pourtant, les scénarios les plus pessimistes ne se sont pas matérialisés. 

Le pétrole, qui avait connu une envolée spectaculaire lors du conflit iranien, est progressivement revenu vers des niveaux plus compatibles avec les équilibres de marché. Les risques géopolitiques demeurent présents, mais les investisseurs semblent recentrer leur attention sur ce qui influence durablement la performance des actifs : la croissance des bénéfices, les valorisations et les conditions monétaires. 

Un sujet continue néanmoins de concentrer l’attention : les taux d’intérêt. 

Après plusieurs années de resserrement monétaire, les décisions des banques centrales restent au cœur de l’équation. La trajectoire de la Fed comme celle de la BCE influencera directement le coût du capital, les valorisations boursières et l’appétit des investisseurs pour le risque. Plus que le pétrole ou les tensions diplomatiques, l’évolution des taux pourrait à nouveau s’imposer comme l’un des principaux moteurs des marchés dans les prochains trimestres.

Hier, les investisseurs observaient les déclarations des chefs d’État. Demain, ils observeront surtout la capacité d’un nombre limité d’entreprises à transformer des investissements massifs en croissance durable des bénéfices. 

Ce que les marchés valorisent désormais 

Ce déplacement de l’attention n’est pas conjoncturel. Il reflète une transformation plus profonde : le centre de gravité des marchés s’est déplacé — des États vers une poignée de plateformes technologiques dont l’influence rivalise désormais avec celle des puissances publiques. 

Microsoft héberge les données de milliers d’administrations dans le monde. Amazon gère les infrastructures numériques d’une fraction significative de l’économie mondiale. Nvidia fournit les composants sans lesquels l’intelligence artificielle mondiale s’arrête. Ces entreprises n’ont pas demandé la permission. Elles ont construit des infrastructures dont tout le monde dépend. 

Ce n’est pas qu’une question de taille — c’est une question de dépendance. Quand une entreprise privée devient l’opérateur de fait d’une infrastructure critique, elle acquiert un type de pouvoir que les outils d’analyse traditionnels peinent encore à mesurer. 

Et contrairement au pétrole ou à l’acier, ces actifs ne s’épuisent pas. Ils s’accumulent, se renforcent, créent des effets de réseau qui rendent la position des leaders de plus en plus difficile à contester. 

SpaceX, cas d’école d’une transformation plus large 

Ce déplacement de l’attention n’est pas conjoncturel. Il reflète une transformation plus profonde : le centre de gravité des marchés s’est déplacé — des États vers une poignée de plateformes technologiques dont l’influence rivalise désormais avec celle des puissances publiques. 

L’introduction en bourse de SpaceX en juin 2026 illustre cette logique mieux que n’importe quel autre exemple. 

SpaceX n’est pas une entreprise spatiale. C’est un conglomérat d’infrastructures stratégiques : télécommunications, connectivité satellitaire mondiale, contrats gouvernementaux, innovation technologique à grande vitesse. Elle connecte via son réseau des régions entières que les États n’ont jamais su connecter. Elle est devenue un actif de marché permettant aux investisseurs de s’exposer directement à l’une des transformations technologiques les plus ambitieuses de notre époque. 

Sa trajectoire illustre une logique qu’on retrouve dans plusieurs secteurs : la capacité de certaines entreprises à construire des écosystèmes entiers autour d’actifs devenus critiques. Ce que SpaceX fait dans le spatial, Amazon le fait dans le cloud, Nvidia dans les semi-conducteurs pour l’IA. Ce mouvement n’est pas terminé. Il s’accélère. 

La prochaine bataille : celle des investissements 

Une nouvelle compétition est désormais engagée. 

Contrairement aux précédents cycles, l’enjeu ne réside plus uniquement dans la conquête de parts de marché. Il repose sur la capacité à investir massivement dans les infrastructures qui soutiendront l’économie mondiale des prochaines décennies. Centres de données, intelligence artificielle, semi-conducteurs, réseaux satellitaires, énergie et cybersécurité : les montants engagés figurent parmi les plus importants observés depuis plus de vingt ans. 

Les marchés accordent à ces acteurs des valorisations élevées parce qu’ils les considèrent comme des opérateurs stratégiques des transformations en cours. Cette concentration soulève naturellement des questions — valorisations tendues, risques réglementaires, ruptures technologiques possibles. Mais elle révèle surtout où les investisseurs anticipent la création de valeur future. 

Comme souvent en Bourse, les marchés ne valorisent pas le présent. Ils valorisent les perspectives. 

Rester positionnés sur le temps long 

Investir, ce n’est pas prédire le prochain titre de presse. C’est identifier les tendances structurelles qui transforment les marchés en profondeur.

C’est cette lecture qui guide la gestion déléguée, conseillée par Lucya. Elle nous a permis de rester pleinement investis sur les grandes tendances depuis la création de nos portefeuilles — et de maintenir le cap quand les marchés s’agitent.

La nuit du 25 au 26 juin 2026 en est une illustration directe. Des informations faisant état d’un report de l’IPO d’OpenAI ont provoqué une vive réaction sur les marchés asiatiques : le Nikkei a reculé de près de 5 %. La réaction a été immédiate, brutale, et largement disproportionnée.

Ce n’est pas une surprise. Les marchés réagissent souvent avec excès à l’actualité immédiate. Les crises captent l’attention. Mais ce qui façonne durablement la création de valeur, ce sont les tendances économiques de fond, les ruptures technologiques, et la capacité des entreprises à investir sur le long terme.

C’est là que nous concentrons notre regard.

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